L’histoire de Dar Kawa: création textile, collections et vie à Marrakech
À la fin des travaux, à l’automne 1999, Dar Kawa ouvre ses portes. Je n’ai pas vraiment le temps de réaliser ce qui est en train de se passer.
La veille de l’arrivée des premiers journalistes belges, nous travaillons encore tard dans la nuit. Le lendemain matin, ils découvrent Dar Kawa pour la première fois. Moi aussi, d’une certaine manière.
Ils viennent voir une maison qui vient d’être restaurée et, pour la toute première fois, une table dressée avec du linge de table V. Barkowski. Je n’ai aucune idée de ce que nous avons réellement accompli. J’ai la boule au ventre. L’adrénaline. Le sentiment que trois années de travail vont être observées dans les moindres détails.
En arrivant pour le petit-déjeuner, je découvre que la table est dressée avec du Sopalin à la place du linge que j’avais préparé. Je crois que mon cœur s’arrête quelques secondes. Les femmes de la maison éclatent de rire, retirent le Sopalin et installent finalement le linge de table. Aujourd’hui, cette scène me fait sourire. Elle raconte cette période où tout était encore spontané, joyeux, innocent. Nous ne cherchions rien d’autre que de bien faire.
Entre 1999 et 2003, Dar Kawa vit simplement. Quentin propose parfois la maison à travers Marrakech Médina. Quelques voyageurs y séjournent. Les premiers shootings des collections de linge de maison V.Barkowski y sont organisés avec Tania Panova. Marrakech est encore très différente. Les touristes se comptent encore sur les doigts d’une main. Les maisons s’ouvrent autrement.
En 2003, je m’installe enfin à Dar Kawa. Pour la première fois, j’y habite vraiment. Les nouvelles collections prennent naturellement leur place dans la maison.
En 2008, une nouvelle idée apparaît : ouvrir Dar Kawa comme maison d’hôtes. À cette époque, je multiplie les missions en Inde, où je pilote la création de la marque textile Bandit Queen. La maison reste souvent vide.
Ma réponse est immédiate : non. Je ne suis pas capable de faire ça. J’aime recevoir, mais je n’arrive pas à imaginer que ma maison devienne le lieu de vie de personnes que je ne connais pas. Mes livres sont dans la bibliothèque. Mes tableaux sont aux murs. Mes objets racontent mes voyages. Il y a aussi quelque chose de très simple : je ne me fais pas à l’idée que des inconnus puissent dormir dans mon lit, dans mes draps. Dans un hôtel, cette question ne se pose pas. Chez moi, si.
J’accepte finalement d’essayer. Dar Kawa reste vivante pendant mes absences, l’équipe continue à travailler et la maison garde son rythme, intacte : les livres, les tableaux, les objets restent là où ils ont toujours été. C’est dans cet esprit – recevoir chez soi plutôt que gérer un établissement, refuser les grandes plateformes de réservation, construire une relation personnelle avec chaque voyageur – que Dar Kawa est devenue, pour beaucoup, ce riad confidentiel dont on parle davantage de bouche-à-oreille que dans les moteurs de recherche.
Comment ce riad confidentiel de Marrakech a donné naissance à une marque de linge de maison haut de gamme ?
Lorsque j’achète Dar Kawa en 1996, je ne cherche qu’une maison de vacances où passer quelques semaines par an. La maison d’hôtes viendra plus tard, le linge de maison aussi. Ce qui allait devenir Dar Kawa, riad confidentiel àMarrakech, commence donc ailleurs : par la recherche d’un tissu, puis d’une brodeuse, puis d’un métier tout entier.
À cette époque, je vis à Moscou. Je travaille comme marchande de tableaux, tout en essayant d’écrire un livre sur les artistes russes et soviétiques, et je restaure une datcha pour laquelle je fais déjà fabriquer le linge dont j’ai besoin. En 1993, à Moscou, on trouve peu de linge de maison. Ou du Gianni Versace. Pas exactement mon style. Je trouve du lin au mètre, puis des mammys dans les campagnes qui acceptent d’interpréter les patchworks que j’ai dessinés.
À Marrakech, je continue exactement de la même façon. Nous louons un premier riad vide et je découvre que la situation est la même : pas de linge de maison en coton, pas de linge de maison fait main tel que je l’imagine. Je cherche du tissu au mètre, puis une brodeuse. L’histoire commence comme ça.
Le linge de lit et les premières serviettes de bain bordées de pompons sont imaginés pour moi. La restauration de Dar Kawa commence presque immédiatement, avec Quentin Wilbaux. Nous prenons le temps. La maison révèle peu à peu ses volumes, ses proportions, sa lumière.
En travaillant sur les archives, je me suis rendu compte de quelque chose que je n’avais jamais vu aussi clairement : entre 1996 et 1999, Dar Kawa et les collections sont nées exactement au même moment. Pendant que le riad prend forme, je mets au point les premiers textiles qui donneront naissance, quelques années plus tard, à la marque V. Barkowski. Ce qui deviendra une signature de broderie artisanale marocaine n’était encore qu’une suite d’essais faits pour habiller une maison.
Les prototypes, les essais de broderie, les premiers tissages, les pièces rejetées, les échantillons réalisés pour comprendre une technique envahissent peu à peu la maison. Qu’est-ce qu’on fait de tout cela quand on n’a pas encore de clients ? On vit avec. On évite de gaspiller. On lave, on observe, on modifie parfois. La maison se meuble ainsi, au rythme des recherches et devient peu à peu un observatoire du linge et du textile à Marrakech, presque sans le savoir.
Dar Kawa: un laboratoire de design et de création textile à Marrakech
Lorsque je regarde Dar Kawa aujourd’hui, je ne vois pas un projet terminé. Je vois une maison qui m’accompagne depuis près de trente ans, avec tous les souvenirs, les personnes et les étapes de ma vie. Elle a beaucoup évolué sans jamais devenir une autre maison.
Elle a vu naître les premières collections de linge de maison. Elle a accompagné Bandit Queen, les collaborations avec les artisans et les nouvelles idées. Elle évolue en même temps que moi.
Est-ce une maison ? Oui. Une maison qui ouvre ses portes et peut se partager en famille ou pour un séjour créatif voire une retraite de yoga.
Est-ce un lieu de création ? Également.
Les chambres m’ont appris des choses qu’un atelier n’aurait jamais pu m’apprendre. Voir un drap utilisé des centaines de fois, observer la façon dont un tissu vieillit, comprendre ce qui résiste au temps ou ce qui doit être amélioré : tout cela a nourri mon travail sur les collections de linge de maison haut de gamme que nous développons aujourd’hui. La maison est devenue un laboratoire à taille réelle, un lieu où les objets sont utilisés comme ils le seront ensuite chez les personnes qui les achètent.
Je n’ai jamais séparé ces différentes dimensions. Je travaille comme je vis.
Pendant que la maison continuait à évoluer, Marrakech changeait elle aussi. Lorsque j’ai acheté Dar Kawa, la médina était très différente de celle que l’on connaît aujourd’hui. Les maisons se vendaient rarement, les visiteurs étaient peu nombreux, et l’on avait parfois le sentiment de vivre dans un village. Trente ans plus tard, Marrakech n’est plus la même ville. De nouveaux quartiers sont apparus, le tourisme a évolué, les habitudes de voyage aussi. Dar Kawa a traversé toutes ces transformations à son propre rythme, celui de la broderie, de la passementerie et de la confection telle que nous la pratiquons à Marrakech.
Avec le recul, je vois que je n’ai jamais rien fait vite. Prendre le temps. Observer un lieu avant de le transformer. Faire confiance aux artisans. Créer des objets destinés à être utilisés. Recevoir comme on reçoit chez soi. Travailler comme on vit. C’est probablement cette cohérence qui a façonné Dar Kawa depuis le premier jour, et qui continue de façonner chaque pièce de linge de maison fait main que nous imaginons à Marrakech.
Beaucoup de voyageurs me disent avoir eu le sentiment d’avoir été reçus chez quelqu’un. C’est sans doute la meilleure définition que je puisse donner de ce riad confidentiel à Marrakech : une maison qui ne s’est jamais vraiment arrêtée d’être une maison.
Le mot slow travel me fait sourire. Pour moi, il désigne une chose très simple : prendre le temps d’un lieu jusqu’à ce qu’il cesse d’être étranger. C’est ce qui s’est passé avec la médina de Marrakech, que j’ai arpentée en diagonale, année après année, jusqu’à ce qu’elle devienne la mienne. 1996. Je ne savais …
(ART)wareness, quand exposition rime avec sensibilisation À l’occasion de la 1-54 Contemporary African Art Fair à Marrakech, nous accueillons l’exposition A(RT)wareness dans mon studio, au-dessus du V.Barkowski store, à Dar El Bacha. Du 4 au 10 février 2026, ce lieu réunit une série de bustes en plâtre, moulés à Marrakech sur des femmes marocaines, mais …
Dar Kawa : Riad confidentiel à Marrakech
L’histoire de Dar Kawa: création textile, collections et vie à Marrakech
À la fin des travaux, à l’automne 1999, Dar Kawa ouvre ses portes. Je n’ai pas vraiment le temps de réaliser ce qui est en train de se passer.
La veille de l’arrivée des premiers journalistes belges, nous travaillons encore tard dans la nuit. Le lendemain matin, ils découvrent Dar Kawa pour la première fois. Moi aussi, d’une certaine manière.
Ils viennent voir une maison qui vient d’être restaurée et, pour la toute première fois, une table dressée avec du linge de table V. Barkowski. Je n’ai aucune idée de ce que nous avons réellement accompli. J’ai la boule au ventre. L’adrénaline. Le sentiment que trois années de travail vont être observées dans les moindres détails.
En arrivant pour le petit-déjeuner, je découvre que la table est dressée avec du Sopalin à la place du linge que j’avais préparé. Je crois que mon cœur s’arrête quelques secondes. Les femmes de la maison éclatent de rire, retirent le Sopalin et installent finalement le linge de table. Aujourd’hui, cette scène me fait sourire. Elle raconte cette période où tout était encore spontané, joyeux, innocent. Nous ne cherchions rien d’autre que de bien faire.
Entre 1999 et 2003, Dar Kawa vit simplement. Quentin propose parfois la maison à travers Marrakech Médina. Quelques voyageurs y séjournent. Les premiers shootings des collections de linge de maison V.Barkowski y sont organisés avec Tania Panova. Marrakech est encore très différente. Les touristes se comptent encore sur les doigts d’une main. Les maisons s’ouvrent autrement.
En 2003, je m’installe enfin à Dar Kawa. Pour la première fois, j’y habite vraiment. Les nouvelles collections prennent naturellement leur place dans la maison.
En 2008, une nouvelle idée apparaît : ouvrir Dar Kawa comme maison d’hôtes. À cette époque, je multiplie les missions en Inde, où je pilote la création de la marque textile Bandit Queen. La maison reste souvent vide.
Ma réponse est immédiate : non. Je ne suis pas capable de faire ça. J’aime recevoir, mais je n’arrive pas à imaginer que ma maison devienne le lieu de vie de personnes que je ne connais pas. Mes livres sont dans la bibliothèque. Mes tableaux sont aux murs. Mes objets racontent mes voyages. Il y a aussi quelque chose de très simple : je ne me fais pas à l’idée que des inconnus puissent dormir dans mon lit, dans mes draps. Dans un hôtel, cette question ne se pose pas. Chez moi, si.
J’accepte finalement d’essayer. Dar Kawa reste vivante pendant mes absences, l’équipe continue à travailler et la maison garde son rythme, intacte : les livres, les tableaux, les objets restent là où ils ont toujours été. C’est dans cet esprit – recevoir chez soi plutôt que gérer un établissement, refuser les grandes plateformes de réservation, construire une relation personnelle avec chaque voyageur – que Dar Kawa est devenue, pour beaucoup, ce riad confidentiel dont on parle davantage de bouche-à-oreille que dans les moteurs de recherche.
Comment ce riad confidentiel de Marrakech a donné naissance à une marque de linge de maison haut de gamme ?
Lorsque j’achète Dar Kawa en 1996, je ne cherche qu’une maison de vacances où passer quelques semaines par an. La maison d’hôtes viendra plus tard, le linge de maison aussi. Ce qui allait devenir Dar Kawa, riad confidentiel à Marrakech, commence donc ailleurs : par la recherche d’un tissu, puis d’une brodeuse, puis d’un métier tout entier.
À cette époque, je vis à Moscou. Je travaille comme marchande de tableaux, tout en essayant d’écrire un livre sur les artistes russes et soviétiques, et je restaure une datcha pour laquelle je fais déjà fabriquer le linge dont j’ai besoin. En 1993, à Moscou, on trouve peu de linge de maison. Ou du Gianni Versace. Pas exactement mon style. Je trouve du lin au mètre, puis des mammys dans les campagnes qui acceptent d’interpréter les patchworks que j’ai dessinés.
À Marrakech, je continue exactement de la même façon. Nous louons un premier riad vide et je découvre que la situation est la même : pas de linge de maison en coton, pas de linge de maison fait main tel que je l’imagine. Je cherche du tissu au mètre, puis une brodeuse. L’histoire commence comme ça.
Le linge de lit et les premières serviettes de bain bordées de pompons sont imaginés pour moi. La restauration de Dar Kawa commence presque immédiatement, avec Quentin Wilbaux. Nous prenons le temps. La maison révèle peu à peu ses volumes, ses proportions, sa lumière.
En travaillant sur les archives, je me suis rendu compte de quelque chose que je n’avais jamais vu aussi clairement : entre 1996 et 1999, Dar Kawa et les collections sont nées exactement au même moment. Pendant que le riad prend forme, je mets au point les premiers textiles qui donneront naissance, quelques années plus tard, à la marque V. Barkowski. Ce qui deviendra une signature de broderie artisanale marocaine n’était encore qu’une suite d’essais faits pour habiller une maison.
Les prototypes, les essais de broderie, les premiers tissages, les pièces rejetées, les échantillons réalisés pour comprendre une technique envahissent peu à peu la maison. Qu’est-ce qu’on fait de tout cela quand on n’a pas encore de clients ? On vit avec. On évite de gaspiller. On lave, on observe, on modifie parfois. La maison se meuble ainsi, au rythme des recherches et devient peu à peu un observatoire du linge et du textile à Marrakech, presque sans le savoir.
Dar Kawa: un laboratoire de design et de création textile à Marrakech
Lorsque je regarde Dar Kawa aujourd’hui, je ne vois pas un projet terminé. Je vois une maison qui m’accompagne depuis près de trente ans, avec tous les souvenirs, les personnes et les étapes de ma vie. Elle a beaucoup évolué sans jamais devenir une autre maison.
Elle a vu naître les premières collections de linge de maison. Elle a accompagné Bandit Queen, les collaborations avec les artisans et les nouvelles idées. Elle évolue en même temps que moi.
Est-ce une maison ? Oui. Une maison qui ouvre ses portes et peut se partager en famille ou pour un séjour créatif voire une retraite de yoga.
Est-ce un lieu de création ? Également.
Les chambres m’ont appris des choses qu’un atelier n’aurait jamais pu m’apprendre. Voir un drap utilisé des centaines de fois, observer la façon dont un tissu vieillit, comprendre ce qui résiste au temps ou ce qui doit être amélioré : tout cela a nourri mon travail sur les collections de linge de maison haut de gamme que nous développons aujourd’hui. La maison est devenue un laboratoire à taille réelle, un lieu où les objets sont utilisés comme ils le seront ensuite chez les personnes qui les achètent.
Je n’ai jamais séparé ces différentes dimensions. Je travaille comme je vis.
Pendant que la maison continuait à évoluer, Marrakech changeait elle aussi. Lorsque j’ai acheté Dar Kawa, la médina était très différente de celle que l’on connaît aujourd’hui. Les maisons se vendaient rarement, les visiteurs étaient peu nombreux, et l’on avait parfois le sentiment de vivre dans un village. Trente ans plus tard, Marrakech n’est plus la même ville. De nouveaux quartiers sont apparus, le tourisme a évolué, les habitudes de voyage aussi. Dar Kawa a traversé toutes ces transformations à son propre rythme, celui de la broderie, de la passementerie et de la confection telle que nous la pratiquons à Marrakech.
Avec le recul, je vois que je n’ai jamais rien fait vite. Prendre le temps. Observer un lieu avant de le transformer. Faire confiance aux artisans. Créer des objets destinés à être utilisés. Recevoir comme on reçoit chez soi. Travailler comme on vit. C’est probablement cette cohérence qui a façonné Dar Kawa depuis le premier jour, et qui continue de façonner chaque pièce de linge de maison fait main que nous imaginons à Marrakech.
Beaucoup de voyageurs me disent avoir eu le sentiment d’avoir été reçus chez quelqu’un. C’est sans doute la meilleure définition que je puisse donner de ce riad confidentiel à Marrakech : une maison qui ne s’est jamais vraiment arrêtée d’être une maison.
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