Un plat découvert en 1991, une piste suivie en 1996
En 1991, lors d’un premier voyage au Maroc, Valérie Barkowski a vu des femmes travailler avec un grand plat en terre brute, pour rouler le couscous ou pétrir le pain. Elle en a acheté un, sans autre idée que de l’utiliser à la maison. Un plat en sauce, servi le soir même de son retour, a suffi à marquer la terre.
En 1996, elle est retournée au Maroc à la recherche d’une maison de vacances, avec, déjà, la vaisselle de ce futur foyer à trouver. Pendant ce voyage dans le Rif, elle a découvert les traditions textiles de la région, celles-là mêmes qui donneront naissance, plus tard, à son linge de maison éponyme bordé de pompons. Sur les routes, des marchands proposaient une poterie différente de celle vue en 1991 : une vaisselle en terre brute, mais patinée, jamais tout à fait mate. Seuls des ustensiles existaient sous cette forme. C’est là qu’est née l’idée : une terre plus brute encore, façonnée en assiettes. La piste de cette poterie menait à Oued Laou.
Elle s’attendait à trouver une coopérative, un atelier. Il n’y en avait pas. Seulement des rabatteurs qui rassemblaient les pièces avant de les revendre. Le travail lui-même se faisait ailleurs : chez les femmes, à la maison.
Un four dans la cour sert trois usages : cuire le pain, cuire la terre, abriter le chien l’hiver. Les femmes sont paysannes, et modèlent la terre entre deux saisons de champs, quand le temps le permet. Pas de tour électrique, pas de tour à pédale : une ardoise posée au sol, qu’on fait tourner à la main pour accéder à chaque face de la pièce montée entièrement à main levée. Une fois la forme obtenue, un galet passé sur la terre encore fraîche suffit à l’imperméabiliser.
Valérie a appris ce jour-là que les tajines du nord et du sud du Maroc ne se ressemblent pas. Que la poterie d’Oued Laou, avec sa terre légèrement rose, ne se fait qu’à cet endroit du pays, et nulle part ailleurs.
Une idée qui a mis vingt-cinq ans à trouver sa forme
En 2021, Valérie a rencontré Guy Orban, expert en développement de produits, proche de la matière et des métiers de la main. Le problème identifié à Oued Laou restait entier : des terres marocaines trop impures pour ce genre de pièce. Guy travaillait, lui, avec des artisans qui disposaient de terres plus pures.
Une commande est partie : une assiette plate et minimale, déclinée en trois tailles ; un bol simple et droit, décliné en quatre tailles. Un modèle épuré. Le logo, existait déjà, il a été gravé sous chaque pièce.
Restait à résoudre ce que la technique d’Oued Laou résolvait autrement : la terre est poreuse, et une pièce alimentaire doit répondre à des règles précises. Une fois les pièces livrées, un traitement mis au point après plusieurs essais, sur deux terres et deux couleurs, a permis de fermer les pores en respectant ces règles. La méthode reste à elle. Le résultat, lui, s’est concrétisé en deux services de vaisselle, achetés pour Dar Kawa, puis mis en vente à la boutique de Marrakech.
Avec l’usage, les pièces se bonifient. Elles changent, mois après mois : la patine est vivante, et continue d’évoluer.
Un choix : rester à Marrakech
Elle lui a donné un nom : TAN. Une vaisselle vendue uniquement au V.Barkowski Store, à Marrakech.
Le choix est assumé. Tout ne doit pas voyager : c’est un privilège laissé à celles et ceux qui vivent à Marrakech, et à celles et ceux qui acceptent d’emporter leurs pièces eux-mêmes, dans leur valise, au retour d’un voyage. Transporter ce type d’objets en petites quantités n’a pas de sens, ni pour l’environnement, ni pour le risque de casse, ni pour la déception d’un·e client·e qui recevrait une pièce brisée.
Faire enfin aboutir une idée vieille de vingt-cinq ans, l’utiliser à Dar Kawa, la vendre à la boutique sont aussi trois raisons qui la satisfont pleinement.
Sur cette table, un bougeoir suit la même logique : les bougeoirs Bobines, un peu plus sophistiqués, avec un fil tourné à la main enroulé autour de leur tige, vendus eux aussi, uniquement, à la boutique de Marrakech. Nous vous racontons leur histoire ici, si vous voulez tout savoir sur eux.
Celles et ceux qui jouent le jeu, et les autres
Dans la boutique, les réactions se partagent. Certain·e·s s’arrêtent, écoutent l’explication : une vaisselle brute, participative, plus respectueuse de l’environnement, à qui il faut apprendre à se protéger contre les taches et l’huile. Certain·e·s demandent le mode d’emploi et repartent avec. D’autres passent leur chemin.
Il y a une autre raison de s’y attacher : cette vaisselle n’est faite que d’une matière, façonnée puis cuite. Une assiette cassée retourne à la terre.
Manon De Clercq
Une table qui suit la même logique
Le linge de table suit un chemin voisin. Valérie travaillait la popeline de couleur, et parfois le lin de couleur, des matières qu’elle a abandonnées pour un coton brut, dans sa couleur naturelle. En éliminant l’émail sur la terre, elle s’est dit qu’elle pouvait appliquer la même logique aux étoffes : moins d’eau consommée, moins de produits chimiques utilisés, ceux des émaux comme ceux des teintures.
La collection s’est construite par touches, chaque finition a son nom. Nil, avec son fil tourné à la main, issu du répertoire de la passementerie traditionnelle marocaine. Noon, avec ses étoiles éparpillées, une interprétation déconstruite d’un point de broderie de Fès. Chacune se décline en nappes, sets de table et serviettes, à retrouver sur l’e-shop.
Sur une même table, des matières fidèles à ce qu’elles sont, et une cuisine devenue végétarienne avec le temps. Une cohérence qui n’a pas été pensée d’un coup, mais qui, avec les années, a fini par se rejoindre, et qui continue d’avancer. Pour Valérie Barkowski, changer ces manières de faire n’est plus une option.
Le mot slow travel me fait sourire. Pour moi, il désigne une chose très simple : prendre le temps d’un lieu jusqu’à ce qu’il cesse d’être étranger. C’est ce qui s’est passé avec la médina de Marrakech, que j’ai arpentée en diagonale, année après année, jusqu’à ce qu’elle devienne la mienne. 1996. Je ne savais …
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La vaisselle brute et le coton brut de Dar Kawa
Un plat découvert en 1991, une piste suivie en 1996
En 1991, lors d’un premier voyage au Maroc, Valérie Barkowski a vu des femmes travailler avec un grand plat en terre brute, pour rouler le couscous ou pétrir le pain. Elle en a acheté un, sans autre idée que de l’utiliser à la maison. Un plat en sauce, servi le soir même de son retour, a suffi à marquer la terre.
En 1996, elle est retournée au Maroc à la recherche d’une maison de vacances, avec, déjà, la vaisselle de ce futur foyer à trouver. Pendant ce voyage dans le Rif, elle a découvert les traditions textiles de la région, celles-là mêmes qui donneront naissance, plus tard, à son linge de maison éponyme bordé de pompons. Sur les routes, des marchands proposaient une poterie différente de celle vue en 1991 : une vaisselle en terre brute, mais patinée, jamais tout à fait mate. Seuls des ustensiles existaient sous cette forme. C’est là qu’est née l’idée : une terre plus brute encore, façonnée en assiettes. La piste de cette poterie menait à Oued Laou.
Elle s’attendait à trouver une coopérative, un atelier. Il n’y en avait pas. Seulement des rabatteurs qui rassemblaient les pièces avant de les revendre. Le travail lui-même se faisait ailleurs : chez les femmes, à la maison.
Un four dans la cour sert trois usages : cuire le pain, cuire la terre, abriter le chien l’hiver. Les femmes sont paysannes, et modèlent la terre entre deux saisons de champs, quand le temps le permet. Pas de tour électrique, pas de tour à pédale : une ardoise posée au sol, qu’on fait tourner à la main pour accéder à chaque face de la pièce montée entièrement à main levée. Une fois la forme obtenue, un galet passé sur la terre encore fraîche suffit à l’imperméabiliser.
Valérie a appris ce jour-là que les tajines du nord et du sud du Maroc ne se ressemblent pas. Que la poterie d’Oued Laou, avec sa terre légèrement rose, ne se fait qu’à cet endroit du pays, et nulle part ailleurs.
Une idée qui a mis vingt-cinq ans à trouver sa forme
En 2021, Valérie a rencontré Guy Orban, expert en développement de produits, proche de la matière et des métiers de la main. Le problème identifié à Oued Laou restait entier : des terres marocaines trop impures pour ce genre de pièce. Guy travaillait, lui, avec des artisans qui disposaient de terres plus pures.
Une commande est partie : une assiette plate et minimale, déclinée en trois tailles ; un bol simple et droit, décliné en quatre tailles. Un modèle épuré. Le logo, existait déjà, il a été gravé sous chaque pièce.
Restait à résoudre ce que la technique d’Oued Laou résolvait autrement : la terre est poreuse, et une pièce alimentaire doit répondre à des règles précises. Une fois les pièces livrées, un traitement mis au point après plusieurs essais, sur deux terres et deux couleurs, a permis de fermer les pores en respectant ces règles. La méthode reste à elle. Le résultat, lui, s’est concrétisé en deux services de vaisselle, achetés pour Dar Kawa, puis mis en vente à la boutique de Marrakech.
Avec l’usage, les pièces se bonifient. Elles changent, mois après mois : la patine est vivante, et continue d’évoluer.
Un choix : rester à Marrakech
Elle lui a donné un nom : TAN. Une vaisselle vendue uniquement au V.Barkowski Store, à Marrakech.
Le choix est assumé. Tout ne doit pas voyager : c’est un privilège laissé à celles et ceux qui vivent à Marrakech, et à celles et ceux qui acceptent d’emporter leurs pièces eux-mêmes, dans leur valise, au retour d’un voyage. Transporter ce type d’objets en petites quantités n’a pas de sens, ni pour l’environnement, ni pour le risque de casse, ni pour la déception d’un·e client·e qui recevrait une pièce brisée.
Faire enfin aboutir une idée vieille de vingt-cinq ans, l’utiliser à Dar Kawa, la vendre à la boutique sont aussi trois raisons qui la satisfont pleinement.
Sur cette table, un bougeoir suit la même logique : les bougeoirs Bobines, un peu plus sophistiqués, avec un fil tourné à la main enroulé autour de leur tige, vendus eux aussi, uniquement, à la boutique de Marrakech. Nous vous racontons leur histoire ici, si vous voulez tout savoir sur eux.
Celles et ceux qui jouent le jeu, et les autres
Dans la boutique, les réactions se partagent. Certain·e·s s’arrêtent, écoutent l’explication : une vaisselle brute, participative, plus respectueuse de l’environnement, à qui il faut apprendre à se protéger contre les taches et l’huile. Certain·e·s demandent le mode d’emploi et repartent avec. D’autres passent leur chemin.
Il y a une autre raison de s’y attacher : cette vaisselle n’est faite que d’une matière, façonnée puis cuite. Une assiette cassée retourne à la terre.
Une table qui suit la même logique
Le linge de table suit un chemin voisin. Valérie travaillait la popeline de couleur, et parfois le lin de couleur, des matières qu’elle a abandonnées pour un coton brut, dans sa couleur naturelle. En éliminant l’émail sur la terre, elle s’est dit qu’elle pouvait appliquer la même logique aux étoffes : moins d’eau consommée, moins de produits chimiques utilisés, ceux des émaux comme ceux des teintures.
La collection s’est construite par touches, chaque finition a son nom. Nil, avec son fil tourné à la main, issu du répertoire de la passementerie traditionnelle marocaine. Noon, avec ses étoiles éparpillées, une interprétation déconstruite d’un point de broderie de Fès. Chacune se décline en nappes, sets de table et serviettes, à retrouver sur l’e-shop.
Sur une même table, des matières fidèles à ce qu’elles sont, et une cuisine devenue végétarienne avec le temps. Une cohérence qui n’a pas été pensée d’un coup, mais qui, avec les années, a fini par se rejoindre, et qui continue d’avancer. Pour Valérie Barkowski, changer ces manières de faire n’est plus une option.
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